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Comme nous avons pu le lire par ailleurs, nos « Marais Mouillés » n'ont rien à envier aux « Marais Desséchés », leur grand frère : forts d'un territoire de plus de 15.000 Ha, ils s'étendent jusqu'aux confins des « Deux-Sèvres », de la « Vendée », et de la « Charente-Maritime ». Cette hégémonie spatiale fait d'eux une véritable aire de stockage des eaux de crues de la « Sèvre Niortaise » et de ses affluents. Ne cherchez plus : Magné se situe en plein cœur de la jungle aquatique. L'aventurier qui trouve le courage et la curiosité nécessaires pour dépasser les ultimes bastions de la ville de Niort, et s'acheminer vers les régions encore inexplorées de la « Venise Verte », peut voir le lit de la Sèvre se diviser en deux. Ses bras viennent, ô fait étrange, embrasser Magné dans sa totalité, transformant ainsi une ville en île !

En dépit du caractère et de la poésie qu'elle confère aux lieux, la présence de l'eau autour de ces terres anxieuses constitue une contrainte de première importance. Pendant longtemps, elle rendit toute communication quasi impossible. Mais avec le développement de la navigation fluviale, elle finit par devenir un point de passage obligé et, par conséquent, une source de revenus : « Un mal pour un bien » comme dirait l'autre ! Par exemple, au XVIIIe siècle, Magné n'était traversée que par deux chemins : le premier la reliant à Niort, et le second à Coulon. La jonction se faisait alors au moyen de gués, où le visiteur devait s'acquitter d'un droit de passage au profit des propriétaires.

L' « Or bleu » dit-on aujourd'hui...


fleche bleue.pngBateaux

bateau_chaine_03.jpgJusqu'au XIXe siècle donc, les principales voies de communication sont les « chemins d'eau ». Leur activité ne se limitait pas au transport des voyageurs : grâce à la présence de la « Sèvre », un véritable réseau commercial a vu le jour. Dans ce contexte, Magné représentait un lieu de transit incontournable, notamment dans le transport des marchandises qui partaient de Niort et s'acheminaient vers Marans : sels, peaux d'animaux (traitées en chamoiserie), sucre, café, plomb, fer, bois, poisson, beurre en baril, fromage de Hollande... Tous les produits étaient transportés sur de lourdes « gabares » (embarcations prévues à cet effet), hâlées par des chevaux ou des hommes, le long de la Sèvre. Une flottille de barques traditionnelles pouvait compléter cet arsenal, la barque étant LE moyen de communication par excellence.

Mais lorsqu'il s'agissait seulement de passer d'un halage à l'autre, pour rejoindre le village à pied par exemple, les habitants des fermes isolées empruntaient régulièrement le « bateau à chaînes ». Pour réaliser cette invention révolutionnaire, il fallait simplement mouler du ciment sur une armature métallique en forme de barque (pas très léger, soit, mais pratique). Cette technique procurait à cette étrange barque, qui ne nécessitait guère d'entretien, une solide résistance. Deux longues chaînes la reliaient à chacune des berges. Le paysan n'avait qu'à tirer ferme sur la chaîne pour faire passer l'embarcation d'une rive à l'autre.

Pour les amateurs de sensations fortes, ou du moins d'expériences singulières, le bateau à chaînes que Magné a conservé se tient gracieusement ET gratuitement à votre disposition. On peut s'y rendre soit à pied, par le halage (compter 30 minutes depuis le Pont Levis), soit en voiture (Place de l'église, à droite « Grande Rue », à gauche « Petite Rue Pilet », puis à droite « Chemin de la Chevalerie » et en face « Chemin du bateau à chaînes).

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De Niort à la Baie de l'Aiguillon, la dénivellation de la « Sèvre Niortaise » est inférieure à une dizaine de mètres. Huit barrages écluses, comme celui du « Marais Pin », y déterminent sept biefs (parties d'un canal ou d'une rivière canalisée comprises entre deux écluses), assurant le maintien d'une ligne d'eau suffisant pour la navigation.

En parlant d'écluses, avez-vous eu vent de la légende qui courait à Magné à la fin du XIXe siècle ? On disait alors que le lieu où l'on devait construire l'actuel barrage écluse du « Marais Pin » se trouvait à proximité de la « motte qui branle ». Un endroit où le sol était si instable que le voyageur malchanceux pouvait parfois sentir la terre se dérober sous ses pas... et finir englouti par les marécages (l'horreur étant complète pour ceux qui croyaient en la fable de Rabelais à propos de nos Marais...). Cependant, en 1864, les ingénieurs de l'administration des ponts et chaussées chargés de l'aménagement du barrage n'étaient pas très sensibles à ces histoires de vieilles femmes : ils achevèrent le chantier sans encombres. A ce jour, rien n'a encore été vérifié, mais qui sait ce que l'avenir réservera aux randonneurs imprudents...

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Au XIXe siècle, le commerce fluvial est à son apogée. Aux abords de notre rivière, les quais bien entretenus et les imposantes demeures témoignent encore de cette époque prospère où Magné figurait parmi les principaux ports de transit du Marais. Dans les années 1850, ce succès n'empêcha pas les voies de communications terrestres de se développer elles aussi : après les ponts de Niort (« Sevreau ») et de Coulon (« La Repentie »), le « Pont du Gué » et du « Grand Port » (ou « Pont Levis ») furent reconnus d'utilité publique. Cela permit aux villages alentours de renforcer des liens qui n'ont jamais rien perdu de leur intensité.

Sur fond d'industrialisation, le machinisme et la création de lignes de chemin de fer entre Niort et La Rochelle, puis entre Epannes et Marans, ont progressivement mis fin au va-et-vient des gabares et des lourds chalands. Cependant, le Pont Levis, qui est encore fonctionnel, se lève aujourd'hui pour les seuls bateaux de plaisance.